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Fresh New Kicks

Dans la mode, deux concepts font beaucoup parler d’eux en ce moment : le streetwear… et le développement durable. La nouvelle marque française Igwe a eu la bonne idée de les combiner, en imaginant des modèles de baskets haut de gamme, fabriqués dans un respect scrupuleux de l’environnement. Sans oublier, bien sûr, un critère essentiel pour n’importe quelle marque de mode : le design.

24.10.2018 | parMatthew Hicks / traduit de l'anglais par Marième Soumare

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The Specimen Igwe SS19

13 millions. C’est le nombre de tonnes de tissu que nous gaspillons chaque année, selon le gouvernement américain. Le cycle traditionnel de la mode et ses quatre collections (été, hiver, prêt-à-porter et haute couture) s’est accéléré jusqu’à devenir cette spirale infernale de consommation et de gaspillage qui semble ne jamais pouvoir s’arrêter. Les premières responsables ? Les marques dites “fast fashion”, qui associent une main d’œuvre bon marché et une chaîne de production très rapide. N’importe qui peut désormais vivre comme les élites du 20e siècle. Petits ou gros budgets, tout le monde s’arrache des collections entières de vêtements à la mode. Portés uniquement pour la saison – et encore ! –, ces pièces finiront à la déchetterie ou dans des friperies.

Samuel Baruch est le créateur d’Igwe, une marque prometteuse qui se soucie de l’environnement. Il rêverait de contenir la fièvre consumériste collective, le gaspillage et la pollution qui y sont liés. Sa marque explore les potentialités d’un développement durable au service du design haut de gamme.

Au cœur de l’idée d’Igwe, on retrouve à la fois un design original, qui mixe des influences africaines et asiatiques, et un souci assumé et constant pour l’écologie.

Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ? Prenons l’exemple du chrome, agent indispensable à la fabrication du cuir de couleur blanche. Le chrome, c’est surtout une toxine, cancérigène, que le corps absorbe plus rapidement qu’il ne la rejette. Son utilisation dans les tanneries pollue, lentement mais sûrement, les hommes et l’environnement. Les déchets toxiques rejetés par son utilisation dans les tanneries infectent les étendues d’eau, détruisent la faune, et sont responsables de nombreuses maladies chez l’homme (malformations congénitales, maladies respiratoires, infertilité…).

Le cuir blanc utilisé pour la confection des baskets Igwe, lui, est fabriqué avec très peu de chrome. Pour Samuel Baruch, c’est déjà trop. Mais il se félicite d’avoir choisi, parmi toutes les options possibles, la moins polluante. Sur la longue liste des agents néfastes utilisés dans les tanneries, le chrome est l’un des plus nocifs. En limitant au maximum son utilisation, Igwe protège tous ceux qui sont en contact avec le produit, de la confection jusqu’à l’achat.

« 99% de nos produits viennent d’Europe, et sont entièrement recyclables. Et quand vous ne voulez plus de vos chaussures… il suffit de nous les renvoyer. »

Un objectif qui se retrouve aussi dans le choix des partenaires de la marque. Igwe, soucieux de réduire son impact environnemental, travaille avec PimPamPost, un service de transport collaboratif de colis. PimPamPost décrit ses opérations comme « réduisant l’empreinte carbone du transport de colis et améliorant l’expérience de livraisons pour les particuliers, les professionnels du e-commerce et leurs clients », en offrant aux voyageurs qui ont peu de bagages l’opportunité d’utiliser leur place vacante en soute, de prendre en charge un colis de petite taille et de couvrir une partie de leur frais de voyage.

Un point crucial, pour Samuel Baruch : « Notre but, c’est d’émettre un minimum de CO2 sur l’ensemble de notre chaîne de production. Nous transportons nos colis dans des bus ; le caoutchouc que nous utilisons vient d’Amérique du Sud, mais les semelles sont faites au Portugal. 99% de nos produits viennent d’Europe, et sont entièrement recyclables. Et quand vous ne voulez plus de vos chaussures… il suffit de nous les renvoyer. »

Toute la phase de recyclage est prise en charge par la marque. « Une fois que les chaussures usagées nous sont renvoyées, elles reviennent à l’usine. Nous utilisons une machine qui les broie, par lot de 100 paires, et en fait une pâte qui peut être utilisée pour créer de nouveaux modèles. »

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« Je veux changer les choses, et prouver que l’on peut être une marque qui se revendique comme haut-de-gamme, tout en étant respectueuse de l’environnement. »

Ses produits sont-ils pour autant respectueux de l’environnement à 100% ? Impossible, répond le créateur. « Je le sais bien. Je ne peux pas lancer un produit sur le marché et penser qu’il n’y aura aucun impact sur l’environnement. Mais je veux changer les choses, et prouver que l’on peut être une marque qui se revendique comme haut-de-gamme, tout en étant respectueuse de l’environnement. Et pour l’instant, on est assez seuls sur ce créneau. Même mes cartes de visites sont faites avec des tee-shirt recyclés… ! »

On a aussi demandé à Samuel Baruch d’où venait ce nom énigmatique. « Mon associée est originaire de République Centrafricaine. On s’est beaucoup creusé la tête pour trouver un nom pour la marque et on ne trouvait rien… Je commençais à perdre patience quand elle m’a dit : « Tu sais, Samuel, chez moi on dit « Igwe », ce qui veut dire : allons-y. » Et le nom était trouvé !

Le Spécimen est le tout premier modèle de la marque. Une chaussure entièrement blanche, avec deux marques rouges. Le cuir est confectionné quasiment sans chrome. La semelle est un mix de caoutchouc naturel et recyclé. Le style est à mi-chemin entre une influence africaine et asiatique. Un design minimaliste, avec des lacets qui retombent sur les côtés.

“Le design graphique est ma première source d’inspiration », confie l’artiste. « J’ai été designer graphique, avant de me reconvertir dans le design de produit pour les chaussures de sport. Mais j’ai toujours une affection particulière pour tout ce qui est 2D. En fait, je m’inspire de choses en 2D et j’en fais des produits en 3D. J’adore les baskets. J’adore les chaussures. J’ai commencé par dessiner des chaussures pour femmes, mais à présent je fais uniquement des chaussures de sport. »

Le créateur ne sait pas encore ce qu’il fera d’ici quelques années. « J’ai toujours voulu créer ma propre boîte, pour développer des matières et des concepts liés à la création de baskets ». Il revient assez vite à la question épineuse du chrome. « Même le cuir fabriqué avec le moins de chrome possible en contient forcément un peu. J’ai toujours voulu créer un laboratoire qui pourrait répondre exactement à ce genre de problématique. Peut-être que dans cinq, ou dix ans, j’aurais ouvert mon propre laboratoire, et je pourrais développer mes matières, mes couleurs et mes idées. »

Cette obsession de la marque pour l’écologie pourrait apporter un souffle frais dans le monde de la mode. Un remède bienvenu à la destruction de la planète, à la pollution de l’environnement, mais aussi à l’hédonisme consumériste de notre ère post-capitaliste. Les produits de Samuel Baruch ne sont pas uniquement esthétiques : c’est toute la façon dont ils ont été pensés, créés et façonnés, qui en fait de beaux produits : des produits de qualité.

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